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[PDF] Le discours imagé en vulgarisation scientifique : étude comparée du français et de l’anglaisIsabelle Collombat, Laval (Isabelle.Collombat@lli.ulaval.ca) Abstract
Les
études sur corpus en traductologie d’une part et sur les images d’autre
part sont encore rares, et il n’existe actuellement aucune étude comparée
des structures des comparaisons, métaphores et analogies en français et en
anglais. Il paraît toutefois pertinent de procéder à une telle recherche à
des fins traductionnelles en recourant à une étude sur corpus, moyen
permettant de dégager le plus objectivement
possible des modèles fondés sur l’usage observé. La présente
étude expose les résultats préliminaires d’une recherche visant à mettre
en évidence les types d’images (caractéristiques lexicales, syntaxiques et
référentielles) utilisés en vulgarisation scientifique dans les deux
langues afin de dégager des tendances permettant la classification et la
systématisation dans le but d’en déduire d’éventuelles différences de
création langagière entre les deux langues et donc, des orientations pour
traduire de manière idiomatique d’une langue à l’autre les images en
vulgarisation scientifique. Corpus
analysis has not yet been greatly exploited in the field of translation
studies and, more generally, corpus-based studies of text imagery are rare. No
comparative study of the structure of similes, metaphors and analogies in
French and English has been done to date. It therefore seems relevant, from a
translational perspective, to undertake such a corpus-based study, a means of
establishing optimally objective models based on actual usage. This paper
reports on the preliminary results of research which aims to highlight the
lexical, syntactic and referential characteristics of images used in
popularized scientific texts, in order to identify possible differences in the
creative use of French and English, with a view to eventually proposing
certain orientations for idiomatic translation of imagery in such texts. In
der Übersetzungswissenschaft sind sowohl korpusgestützte Untersuchungen als
auch Untersuchungen von Sprachbildern noch selten, und es liegt derzeit keine
vergleichende Untersuchung der Strukturen von Vergleichen, Metaphern und
Analogien im Französischen und Englischen vor. Die Durchführung eines
derartigen übersetzungsorientierten Forschungsvorhabens unter Heranziehung
eines Korpus scheint jedoch durchaus angeraten, da auf diese Weise Modelle auf
der Grundlage des beobachteten Sprachgebrauchs so objektiv wie möglich
ermittelt werden können.. In der vorliegenden Untersuchung werden die
Vorergebnisse eines Forschungsvorhabens dargestellt, das darauf abzielt, die
Typen von Sprachbildern offenzulegen (lexikalische, syntaktische und
referentielle Eigenschaften), die in populärwissenschaftlichen Texten zur
Anwendung gelangen, zur Ermittlung von Tendenzen, die eine Klassifizierung und
Systematisierung ermöglichen, mit dem Ziel, daraus etwaige Unterschiede in
der sprachlichen Kreativität zwischen den beiden Sprachen abzuleiten, aus
denen sich wiederum Leitlinien für idiomatisches Übersetzen von Bildern in
populärwissenschaftlichen Texten aus einer Sprache in die andere gewinnen
lassen. 1.
Problématique – intérêt de la recherche
En traductologie, les études sur corpus sont encore rares. De plus, dans le
domaine littéraire – qui est le plus fréquemment étudié –, elles
consistent généralement en une comparaison de plusieurs traductions d’un
même texte original, et souvent à des fins évaluatives ; c’est le cas par
exemple des travaux de Guillemin-Flescher (1981), qui fonde en grande partie
ses observations sur des traductions en anglais de Madame Bovary de
Gustave Flaubert. Par ailleurs, comme le rappelait Demers (1989 : 7), « la
plupart des théories sur la traduction pragmatique ont été élaborées
selon une méthode déductive, c’est-à-dire à partir d’hypothèses,
plutôt que d’après une méthode inductive, reposant sur l’observation de
faits concrets – en l’occurrence un corpus […]. » Les opérations de déduction et d’induction correspondent en effet à
deux démarches intellectuelles opposées : la déduction désigne un
« procédé de pensée par lequel on conclut d’une ou de plusieurs
propositions données à une proposition qui en résulte » (PR
1993 : 560) et l’induction, une « opération mentale qui consiste
à remonter des faits à la loi » (PR 1993 : 1163). La fiabilité
de la méthode déductive repose donc sur la validité des hypothèses de
départ, qui peuvent être fondées sur des cas particuliers non
représentatifs. L’approche inductive, quant à elle, nous paraît garantir
une meilleure objectivité, en ce sens qu’elle part de l’observation de
faits qui, quantifiés et analysés, peuvent servir à la mise en évidence d’une
tendance. S’agissant des travaux portant sur les images (ou métaphores au sens
large), ils ne sont que très rarement fondés sur des études de corpus et
quand ils le sont, les corpus sont très limités et, de toute façon,
unilingues : deux études récentes se fondent en effet pour l’une sur
un corpus de 5 000 mots (Ferrari 1996 : 49) et pour l’autre, sur trois
articles parus dans Le Monde et « quelques métaphores isolées »
d’Apollinaire et d’Andrée Chédid ainsi que « la métaphore
guerrière » des Liaisons dangereuses de Laclos (Detrie
2001 : 187). Dans le domaine particulier de la vulgarisation scientifique, deux études
récentes portent sur la métaphore : un article de Marie-France Cyr (1989)
fondé sur l’analyse de 162 articles de Québec Science publiés
entre 1962 et 1987 et une étude de Philippe Caignon (2002) fondée sur une
cinquantaine de textes extraits de revues en français et en anglais ainsi que
des articles de journaux en ligne et de sites Web spécialisés. Pour ce qui est de la traduction de la métaphore, les travaux sur ce thème
sont plutôt rares, comme le signale notamment
[1]
Van Den Broeck (1981 : 73), bien que cette question soit
centrale en traduction. Quelques théoriciens
[2]
préconisent différents modèles de traduction des métaphores :
leur démarche est à ce titre prescriptive (subjective) et non descriptive (objective).
En effet, la position des traductologues relativement à la métaphore est
souvent d’ordre idéologique, car elle est souvent située dans le cadre du
débat entre sourciers et ciblistes, pour reprendre les termes de Ladmiral
(1979). Par ailleurs, la notion d’équivalent repose souvent sur des
critères subjectifs, difficilement généralisables et donc, contestables, ce
qui peut entraîner des difficultés en termes de didactique de la traduction. Il nous semble donc indiqué d’observer des usages en langue naturelle
selon une approche inductive pour pouvoir en dégager des orientations
permettant aux traducteurs de choisir des solutions idiomatiques pour la
traduction d’images en vulgarisation scientifique et donc, de fournir des
outils pouvant être utilisés dans le cadre d’une pédagogie de la
traduction. 2.
État de la question et cadre théorique
2.1 Définitions : comparaison, métaphore et analogieLa
comparaison (du latin comparatio, « comparaison ») est
« un rapprochement, dans un énoncé, de termes ou de notions au moyens
de liens explicites » (Robrieux 1998 : 19). Dans son ouvrage
portant sur la communication scientifique, Jacobi (1999 : 83) la définit
comme une « procédure permettant la mise en relation d’un terme A (le
comparé) et de toute autre expression B (le comparant) afin d’évaluer
leurs ressemblances ou leurs différences ». Ce rapprochement entre
termes ou notions est effectué « au moyen de liens explicites » Selon
Aristote (1995 [1990] : 118), la métaphore (du grec μεταφορά,
« transposition ») est « l’application à une chose du nom
qui lui est étranger par un glissement ou du genre à l’espèce, de l’espèce
au genre, de l’espèce à l’espèce, ou bien selon un rapport d’analogie. »
La métaphore est un trope – c’est-à-dire une « figure par
laquelle un mot ou une expression sont détournés de leur sens propre »
(PR 1993 : 2321) – qui consiste à « opérer un transfert de sens
entre mots ou groupes de mots, fondé sur un rapport d’analogie plus ou
moins explicite » (Robrieux 1998 : 21). L’analogie (du grec αναλογία,
« proportion mathématique » ou « correspondance ») consiste
à établir par l’imagination une ressemblance entre deux ou plusieurs
objets de pensée par nature différents (d’après Jacobi 1999 : 86). Si la comparaison, la métaphore et l’analogie ont des modes opératoires
distincts (comme nous le verrons ultérieurement), c’est bien l’analogie
qui est à l’origine de la comparaison et de la métaphore, qui ont prennent
de la même manière appui sur une assimilation par analogie. Dans notre étude, nous utilisons le terme générique d’image, qui
regroupe les comparaisons, métaphores et analogies. Les définitions d’image
au sens abstrait mentionnées dans le Petit Robert (1993 :
1126) sont en effet les suivantes : « 1.
Reproduction exacte ou représentation analogique d’un être, d’une chose »,
« 2. Ce
qui évoque une réalité (en raison d’un rapport de similitude, d’analogie) »,
« 3.
Comparaison, métaphore ». L’utilisation de ce terme permet d’éviter, quand c’est possible, l’ambiguïté
liée à l’emploi du terme de métaphore comme générique, qui est
toutefois fréquent dans la littérature sur le sujet; sans doute cet emploi
se situe-t-il dans le prolongement de la vision aristotélicienne de la
métaphore, selon laquelle tout trope est une métaphore. 2.2 Vulgarisation scientifiqueSelon
Jacobi (1987 : 29), « Vulgariser, c’est traduire la science pour
la rendre accessible au plus grand nombre. » Il poursuit en
mentionnant que « la difficulté à communiquer, à faire partager, à
faire comprendre, à diffuser est propre à un grand nombre de situations
sociales à caractère pédagogique » ; en ce sens, « rendre
accessible au plus grand nombre » n’est pas spécifique à la
vulgarisation scientifique proprement dite. Ainsi, vulgariser est une pratique
visant à rendre accessibles des connaissances à des destinataires ne les
possédant pas. Le fait que ces connaissances soient de nature scientifique ou
technique est une occurrence définissant leur nature mais n’affecte en rien
le mécanisme de transmission des connaissances, qui est intrinsèquement un
acte de communication, de médiation. Jacobi (1987 :31) emploie même le
terme de « traduction » et ses dérivés pour désigner la
vulgarisation scientifique, qui consisterait ainsi à traduire des données
savantes en un langage accessible au béotien. On
peut dès lors relever une analogie de finalité entre le discours imagé et
la vulgarisation : il s’agit d’actes de communication visant à faire
comprendre une notion nouvelle ou à expliquer une notion complexe à des ‘apprenants’.
2.3 Discours imagé et transmission des connaissancesNombre d'auteurs mettent précisément en exergue la fonction cognitive de l’image
[3]
. » Hirtle (1992 : 149) rappelle à ce titre que « sans [la] capacité d'employer un mot en dehors du champ d'application prévu par son extension, nous n'aurions pas pu développer notre vocabulaire scientifique et philosophique dont dépend le développement de notre civilisation. » Le discours imagé se fait dès lors objet de construction du monde,
« au service de la connaissance » (Fromilhague 1995 : 91), voire
des progrès de celle-ci. La « figure-argument » (Fromilhague
1995 : 91) – héritière en ligne directe de la rhétorique
aristotélicienne – consiste à illustrer une idée abstraite à l'aide d'un
équivalent concret, selon un principe d'analogie. Ce mode d'actualisation
visant à rendre plus vivant, plus compréhensible un concept – par essence
abstrait – est un procédé pédagogique et didactique courant et fort
efficace, mis en évidence déjà par Aristote (éd. 1991 : 299) :
« Ainsi donc la question de l'élocution a un côté quelque peu
nécessaire en toute sorte d'enseignement. » De même, comme le rappelle par
ailleurs Wunenburger (2000 : 39), « l'image chez Platon sert
fréquemment d'intermédiaire à la connaissance entre le concret et
l'abstrait ». Qu'il s'agisse d'expliquer une notion scientifique
abstraite à un étudiant ou au lecteur d’un article de vulgarisation, la
démarche est la même : passer du non-savoir au savoir. Ainsi, pour Détrie
(2001 : 250), il n’est pas pertinent de classer séparément les
métaphores poétiques, expressives, argumentatives et cognitives, car ce n’est
qu’a posteriori que l’on constatera l’effet poétique, expressif ou
argumentatif du trope. Par contre, « la génération comme la visée de
toute métaphorisation » (Détrie 2001 : 250) est, selon elle, d’ordre
cognitif, car « il s’agit avant tout de faire partager sa propre
compréhension des événements du monde » (Détrie 2001 : 251). De nombreux auteurs (Štambuk 1998 : 373, Schön 1963 : 94 et
MacCormac 1976 : 138) notamment) ont mis en évidence le fait que pour
communiquer de nouvelles connaissances ou formuler de nouvelles hypothèses, y
compris dans les domaines des sciences et technologies, il faut pouvoir
disposer de structures langagières permettant d’exprimer de nouvelles
catégories conceptuelles. Et Štambuk (1998 : 373) précise que s'il
fallait créer un nouveau mot pour chaque nouvelle expérience scientifique,
le langage deviendrait rapidement trop complexe ; c'est pourquoi, selon elle,
les nouvelles structures conceptuelles sont souvent décrites à l'aide
d'éléments de langage préexistants. Et l'un des procédés de création de
nouvelles structures langagières à partir de structures existantes consiste
à recourir à un usage métaphorique du langage (Štambuk 1998 : 373). Il
apparaît donc que l’image est un outil d'interaction doté d'une fonction
explicative (explanatory function, Hesse 1966 : 157-177). Ainsi,
le créateur de l’image s'efforcera de choisir un « référent
empirique » (Crête et Imbeau 1996 : 32), qui devra être d’autant
plus concret et directement observable qu’il servira à illustrer un concept
abstrait (MacCormac 1976 : 38). C’est à cette fin que l’image à
vocation cognitive sera généralement fondée sur ce que Lakoff et Johnson
nomment les « espèces naturelles d'expérience
[4]
» (natural kinds of experience, Lakoff et
Johnson 1980 : 118), qui sont le produit de nos interactions avec notre
environnement physique ou avec d'autres individus au sein de notre culture. 2.4 Aspects sémantiques et conceptuelsPour Jacobi (1999 : 83-85), l’image appliquée à la vulgarisation
scientifique fait intervenir un terme scientifique spécialisé, le comparé,
et une expression appartenant à la langue commune, le comparant. Cette
confrontation entre langue de spécialité et langue générale rend compte de
deux approches fondamentales, dont elle représente comme un raccourci : tout
d’abord, elle est symptomatique de la conception interactive de la
métaphore mise de l'avant par Black (1962 : 38), qui repose sur
l'interaction de deux systèmes, situations ou référents, que l'on nomme
respectivement « système primaire » et « système
secondaire », chacun des deux étant décrit littéralement. L'usage
métaphorique de la langue dans la description du système primaire consiste
à emprunter un terme normalement utilisé en relation avec le système
secondaire. La notion de système peut également être remplacée par celle
de champ sémantique : et, comme l’explique notamment Aitchinson
(1987 : 149), le locuteur qui recourt consciemment à l’image compare
en fait des objets issus de champs sémantiques différents qui ont en commun
des caractéristiques mineures mais évidentes. Regardons ainsi l’exemple suivant, extrait de Découvrir (mai-juin
2002 : 43)
[5]
: « Chaque
être humain qui naît sur cette Terre a le droit à son propre billet dans
la grande loterie génétique », renchérit Margaret Somerville.
Le patrimoine génétique de l’être humain (système primaire) y est
comparé à la loterie (système secondaire). À l’intersection entre les
deux systèmes, se trouvent deux notions évidentes : le hasard et
l’unicité du « billet ». Le contexte de cette citation
(la question de la brevetabilité des gènes et donc, le gain financier qui en
résulte), nous apporte encore une autre notion implicite, celle de gros
lot. Ensuite, dans sa définition, Jacobi pose explicitement que le système
secondaire, celui du comparant, ressortit à la « langue commune » :
rappelons que pour Lakoff et Johnson (1980:115), la métaphore est une
définition : c'est par son intermédiaire que nous définissons le monde qui
nous entoure et que nous découvrons par l'expérience que nous en faisons.
Toutefois, l’une des différences entre la définition lexicographique et ce
que les auteurs nomment « définition métaphorique » (metaphorical
definition) réside dans le fait que dans la première, le concept est
défini à l'aide d'éléments qui lui sont inhérents, alors que dans la
seconde, il est défini par des éléments qui correspondent aux espèces
naturelles d'expérience définies par Lakoff et Johnson (1980:117),
lesquelles sont décrites au moyen de la langue générale. Il existe plusieurs tentatives de classification des domaines sources (ou
référents ou systèmes primaines), notamment dans le cadre de l’approche
cognitiviste : ainsi, George Lakoff a créé la Conceptual Metaphor Home
Page (http://cogsci.berkeley.edu)
qui contient notamment un répertoire exhaustif de domaines sources. Toutefois,
cet index n’est pas utilisable dans le cadre de notre étude, en particulier
parce qu’y sont recensées indifféremment les métaphores lexicalisées
voire les clichés et les images originales. Or, nous nous proposons de ne
retenir que ces dernières, au titre de moyens de communication ad hoc
utilisés en vulgarisation scientifique. 2.5 Paramètres de l’étude
2.5.1
Critères de détection des images
On
considère généralement que la métaphore stricto sensu présente un degré
d’abstraction plus grand que la comparaison, essentiellement en raison de la
plus grande implicitation qu’elle suppose. C’est ainsi que l’on constate
généralement une gradation établie dans la relation d’analogie par les
auteurs
[6]
, du plus concret au plus abstrait, c’est-à-dire de la
similitude la plus immédiate à la relation de ressemblance la plus complexe.
En
nous fondant sur Jacobi (1999:88) et sur Lakoff et Johnson (1985:127), nous
proposons donc de caractériser les trois figures de la manière suivante : La comparaison
·
établit un parallèle analogique
entre un comparé ressortissant au domaine scientifique et un comparant issu
des espèces naturelles d’expérience ;
·
est caractérisée par la
présence d’un connecteur. exemples: (1) The spaghetti-like polymer chain would merely wrap around the particles. (SA:28) (2) Les protéines sont généralement repliées sur elles-mêmes comme des pelotes. (LR:18 ) La métaphore
·
se substitue au comparé du
domaine scientifique ;
·
est caractérisée par l’absence
de connecteur ;
·
introduit une comparaison
implicite entre le terme métaphorique (issu des espèces naturelles d’expérience)
et le terme scientifique auquel il se substitue. exemples:
·
métaphore in præsentia
(« en présence »; comparé et comparant sont explicites): (3) “That old warhorse of a spacecraft seems to have come back from the dead, if only for a few moments”! (NS:8) (4) Le minuscule crustacé Artemia franciscana […] a dévoilé en 2000 quelques-unes des caractéristiques de ses mitochondries (les usines énergétiques de la cellule). (LR:50)
§
métaphore
in absentia
(« en absence »; le comparé est implicite, sous-entendu, et doit
être déduit du comparant) : (5) The press shouldn’t evangelize a medical procedure. (SA:64) (6) On peut donc envisager de faire exécuter de gigantesques programmes découpés en rondelles sur un nombre important mais aléatoire de machines hétérogènes, pourvu qu’existe un logiciel maître intelligent qui se charge de répartir les tâches en permanence. (LR:42) L’analogie
·
construit
une ressemblance structurelle entre un comparé ressortissant au domaine
scientifique et un comparant issu des espèces naturelles d’expérience ;
·
ne peut être identifiée comme
comparaison ou métaphore. exemple : (7) À charge pour les développeurs de mettre au point, chacun à sa manière, des logiciels libres respectant ces standards. De même qu’une voiture possède un mode d’emploi et des interfaces (direction, embrayage, freins…) standard, que chaque constructeur automobile met en œuvre à sa façon. (LR:46) (8) Imagine a city water distribution system that doesn’t deliver water to buildings and residences because its pipes don’t reach far enough. Much the same situation exists for Americas high-speed data-transfer network. (SA:49) 2.5.2
Critères de sélection et de classement des images
Nous nous proposons donc d’analyser les images originales (comparaisons,
métaphores et analogies) conformes aux caractéristiques mentionnées
ci-dessus. Sont
exclus :
·
Les clichés résultant de l’emploi
de mots dans des acceptions figurées répertoriées dans au moins un
dictionnaire de langue générale
[7]
: (9) La prochaine étape est en gestation. (LR:31)
(10)
The genomic gold rush revolves around genes that have been
isolated and purified outside an animal, plant or microorganism. (SA:36) À l’exception
·
des termes dont un sens figuré
est lexicalisé, mais employé en contexte dans un sens légèrement
différent: (11) À l’issue de ce projet ils espèrent avoir décrypté l’intégralité du transcriptome et du protéome contrôlant l’action des stéroïdes chez les souris. (D:11) En effet, le verbe décrypter a pour acceptions:« traduire en
clair (un message chiffré dont on ignore la clé); restituer le sens de (un
texte obscur, une langue inconnue) » (PR 1993:558). Or, même si la
métaphore contenue dans l’exemple cité ci-dessus est fréquente, elle ne
correspond pas exactement aux sens lexicalisés, dans la mesure où le génome
(« ensemble des gènes [matériel génétique] portés par les
chromosomes ») n’est à proprement parler ni un message codé ni un
langage. Il semble donc judicieux de considérer l’emploi du verbe
décrypter dans cet exemple comme une métaphore in absentia pouvant être
réduite à la comparaison suivante:« le transcriptome et le protéome
sont comme des langages ». En d’autres termes, les comparés sont transcriptome
et protéome et le comparant (implicite), langage.
·
Sont également exclus les termes
spécialisés imagés identifiés comme tels dans au moins un lexique
spécialisé ou une banque de données terminologique
[8]
: (12) La méthode kangourou, qui consiste à laisser le nouveau-né peau contre peau avec ses parents pendant ses premières semaines de vie, pourrait engendrer un développement neurologique différent. (D:6)
·
Nous laissons également de
côté les titres et sous-titres, dont l’analyse relève à notre avis
davantage d’une étude de la phraséologie journalistique. La titraille n’a
en effet pas vocation à faire comprendre ou à expliquer, mais à « accrocher
le lecteur pour lui donner envie de lire le texte » (Clerc 2000:117). L’image
figure à ce titre au palmarès des procédés stylistiques classiques
utilisés à cette fin (Clerc 2000:118).
(13)
La baleine a accouché d’une crevette. (LR:25) 2.5.3
Le corpus
Le
corpus choisi est constitué de six numéros de chacun des six magazines
suivants
[9]
:
·
Découvrir,
mensuel québécois fondé en 2000, destiné à un public de niveau de
formation universitaire (semi-vulgarisation) ;
·
Québec Science,
mensuel québécois fondé en 1970, destiné au grand public (vulgarisation) ;
·
La Recherche, mensuel
français fondé en 1970, destiné à un public de niveau de formation
universitaire (semi-vulgarisation) ;
·
Discover, mensuel
états-unien fondé en 1980, destiné au grand public (vulgarisation) ;
·
Scientific American, mensuel
états-unien fondé en 1845, destiné à un public de formation universitaire
(semi-vulgarisation) ;
·
New Scientist,
hebdomadaire britannique fondé en 1956, destiné au grand public (vulgarisation). Dans
chaque magazine, et à des fins de cohérence, ne sont retenus que les
articles signés; ce choix exclut :
·
les éditoriaux;
·
le courrier des lecteurs;
·
les publicités;
·
les petites annonces;
·
les brèves non signées;
·
les critiques de livres. 3.
Méthode d’analyse
Nous procédons en premier lieu à un dépouillement manuel systématique du
corpus sélectionné en vue d’y repérer les images en nous fondant sur les
caractéristiques respectives de la comparaison, de la métaphore et de l’analogie
exposées au paragraphe 2.5. du présent article. Les images recensées sont tout d’abord réparties en images du discours
scientifique et en images du discours métascientifique. Les premières sont
incluses dans le propos scientifique, qu’elles contribuent à
illustrer : (14) D’autres méthodes d’observation, telle la résonance magnétique nucléaire, s’apparentent à de la photographie avec une faible vitesse de pose. (LR:18) Les secondes servent à illustrer des propos non scientifiques se trouvant
dans les articles analysés : (15) However dense the intellectual-property thicket becomes, someone will find a way to crawl through it. (SA:36) Les images recueillies sont classées selon qu’elles sont des comparaisons,
des métaphores ou des analogies. Il convient ensuite d’analyser les caractéristiques lexicales et
syntaxiques de chaque image dans chacune des deux langues et d’en établir
une classification:
Une fois ces données colligées pour chaque langue, est alors effectuée
une comparaison systématique des caractéristiques observées dans les deux
langues et pour les deux continents. Enfin, seront recherchées les éventuelles constantes ou variations dans la
production des images pour chacune des deux langues et les éventuelles
différences notables entre le français et l’anglais, ainsi qu’entre les
deux continents. À la suite de quoi nous proposerons, en fonction des
données recueillies dans le corpus, des modèles de traduction idiomatique
des images conformes aux usages observés dans chacune des deux langues et ce,
essentiellement de l’anglais vers le français. 4.
Résultats préliminaires
Le dépouillement de quatre numéros (deux en français, deux en anglais) a
déjà permis de dégager quelques résultats. Les revues dépouillées sont
les suivantes :
·
Découvrir,
mai-juin 2002 (D)
·
La Recherche,
juin 2002 (LR)
·
New Scientist,
6 July 2002 (NS)
·
Scientific American,
July 2002 (SA) L’analyse présentée ici concerne deux critères de classement des images
[10]
:le type d’image et le type de référent. Le nombre total d’images
recueillies est de 198 (86 en français et 112 en anglais). 4.1. Types d’images
La répartition par type d’image (comparaison, métaphore in praesentia,
métaphore in absentia et analogie) – effectuée selon les critères
définis en 3.5. – n’a pas posé de difficulté majeure ; les
paramètres préalablement définis se sont en effet révélés productifs. Les résultats exposés dans le tableau 1 situé ci-dessous font apparaître
quelques tendances. À noter qu’on ne peut pas tenir les nombres en valeur
absolue pour significatifs, dans la mesure où nous ne mentionnons aucune
donnée sur le volume du corpus en termes de nombre de mots. Ainsi, seuls les
pourcentages – qui indiquent des proportions relatives – sont considérés
comme des bases fiables pour l’analyse et l’interprétation des résultats.
Dans le domaine français, on constate de grandes différences entre Découvrir
et La Recherche:si le taux observé d’analogies est comparable pour
les deux revues, on relève par exemple une très nette prédominance de la
métaphore in absentia dans Découvrir (75,51 %, contre 22,22 %
dans La Recherche). Dans La Recherche, la répartition entre les
comparaisons et les deux types de métaphores est par ailleurs assez
équilibrée. Dans le domaine anglais, on constate le même type de déséquilibre dans Scientific
American, dans lequel on relève également une nette prédominance de la
métaphore in absentia (53,49 %, contre 25 % dans New Scientist).
Comparaisons et analogies représentent une proportion comparable dans les
deux revues ; l’autre différence notable se situe au niveau de la
métaphore in praesentia, qui ne représente que 4,65 % dans Scientific
American, contre 25 % dans New Scientist. On peut noter que la prédominance observée de la métaphore in absentia
concerne les deux revues nord-américaines, et que les deux revues
européennes présentent une répartition plus égale entre les quatre types d’images.
Mentionnons cependant que l’échantillon analysé est trop restreint pour qu’il
soit possible de généraliser ces résultats et encore moins de tenir cette
observation pour définitive. Il sera néanmoins intéressant d’observer si
cette tendance se maintient au fil du dépouillement. La comparaison entre les deux groupes linguistiques fait apparaître une
nette prédominance de la métaphore en français : on relève en effet
52,32 % de métaphores in absentia et 25,58 % de métaphores in
praesentia, soit un total de 77,9 %, contre respectivement 47,32 % de
métaphores in absentia et 9,82 % de métaphores in praesentia en
anglais, soit un total de 57,14 %. Dans le domaine anglais, le recours à la
comparaison et à l’analogie est ainsi plus fréquent, ce qui se traduit par
une utilisation plus diversifiée des quatre types d’images. 4.2. Types de référentsLa classification des images par type de référent s’est avéré assez
ardue, essentiellement parce qu’il n’avait pas été possible de
déterminer des catégories de référents avant d’avoir effectivement
commencé à dépouiller le corpus. Ainsi, ce dépouillement préliminaire a
lui-même permis de mettre en évidence les principales catégories de
référent rencontrées, ce qui favorisera sans aucun doute le tri des images
relevées dans le reste du corpus. Le classement des images a permis de déterminer trois grandes catégories
de référents : les référents expérientiels, les référents
culturels et les référents interdomaines. La liste des catégories et
sous-catégories détaillées ci-après est exhaustive: elle englobe la
totalité des types de référents trouvés dans les quatre revues
dépouillées. 4.2.1
Référents expérientiels
Les référents expérientiels sont ceux qui se rapportent aux expériences
courantes aisément accessibles au plus grand nombre. Pour les besoins de l’étude
et compte tenu de la matière étudiée – vulgarisation scientifique –,
ces référents « universels » sont de type occidental. Vie
quotidienne
Cette sous-catégorie regroupe les références à la vie domestique et
sociale ainsi qu’à toute expérience concrète : (16) Ainsi, il n’explique pas pourquoi la molécule de dioxygène (que nous respirons) possède deux électrons célibataires. (LR : 57) (17) Cre is an enzyme called “recombinase”, a pair of molecular scissors that can snip out any DNA that lies between two copies of a short marker sequence called loxP. (NS : 27) (18) The trouble with viruses analogies, Aunger says, is that they allow your to be intellectually lazy. For a start, actual viruses do not leap from substrate to substrate. If you wrote down the genome of a flu virus on a piece of paper and handed the paper to your friend, you wouldn’t expect them to catch flu. (NS : 58) Techniques
courantes
Cette sous-catégorie regroupe toutes les techniques utilisables par des non
spécialistes à des fins utilitaires et ne nécessitant pas de formation
spécialisée poussée : (19) D’autres méthodes d’observation, telle la résonance magnétique nucléaire, s’apparentent à de la photographie avec une faible vitesse de pose. (LR : 18) (20) Putting more genes and clever switches into plants is only going to increase the range of unforeseeable consequences, she says. (NS : 36) Les références à l’informatique seront rangées dans cette catégorie
lorsqu’elles concerneront des utilisations courantes ou des références
facilement compréhensibles : (21) Certaines [cellules souches] sont programmées pour fabriquer des organes ou des tissus particuliers, d’autres donnent naissance à n’importe quelle partie du corps humain. (D : 62) Par contre, lorsque les références à l’informatique feront appel à des
connaissances plus pointues, elles seront considérées comme des références
interdomaines (aucun exemple trouvé). Anthropomorphisme
L’anthropomorphisme est une démarche qui tend à prêter aux choses et
aux êtres vivants non humains le comportement des personnes (intentions,
sentiments, etc.) [d’après la définition de l’« animisme »
donnée par Vinay et Darbelnet 1977 : 5] : (22) Pour la première fois, il y a six ans, le génome complet d’un organisme vivant était entièrement décodé. L’heureux élu, la levure Saccharomyces cerevisiea, permet au pain de lever, mais elle sert aussi de modèle aux biologistes. (D : 20) (23) [The fermions’] aversion to close company is strong enough to hold up a neutron star against collapse […] Bosons, in contrast, are convivial copycats and readily gather in identical states. (SA : 71) Réification
La réification est une démarche de la langue qui tend à prêter aux
êtres vivants des propriétés propres aux choses : (24) Or on a découvert, plus récemment, que l’adulte est une étonnante réserve de cellules souches. (D : 62) (25) […] Understand how the human machine operates. (SA : 42) Alimentation
Cette sous-catégorie regroupe toutes les références aux aliments : (26) On peut donc envisager de faire exécuter de gigantesques programmes découpés en rondelles sur un nombre important mais aléatoire de machines hétérogènes. (LR : 42) (27) […] a grapefruit-size plastic-and-titanium machine called the AbioCor. (SA : 61) Nature
Cette sous-catégorie regroupe toutes les références aux phénomènes
naturels et à la nature en général : (28) La lueur bleuâtre émise par ces implosions, semblable à une étoile dans le ciel nocturne, était visible à l’œil nu. (LR : 23-24) (29) Straightforward sequencing of the type common with linear gene or protein sequences […] is impossible with huge, complex branching sugars, which require every trunk, branch and twig to be tracked. (SA : 44) 4.2.2.
Référents culturels
Sciences
humaines
Cette sous-catégorie concerne les faits de culture accessibles à tous (culture
générale, non spécialisée : histoire, littérature, etc.) (30) À la manière de M. Jourdain, les grilles ont donc existé sans le savoir, même s’il s’agissait d’embryons un peu patauds réservés à un nombre précis d’utilisateurs avertis. (LR : 42) (31) “It’s like the first printing press, like Gutenberg,” Willson notes. “I would never have thought you could mold something that small.” (SA : 34) Armée
Sont
regroupées ici les références aux forces armées (organisation, armes,
tactique, etc.) : (32) « Nous croyons que cette arme biologique sera surtout utile contre des cellules cancéreuse résiduelles […] » (D : 13) (33) Bosons form regimented armies of clones. (SA : 71) Arts
Cette sous-catégorie réunit les références aux arts autres que la
littérature (arts visuels, danse, musique, etc.) : (34) Tout bon cinéaste le sait, l’éclairage est déterminant pour la qualité de la prise de vue. Les chimistes ont donc utilisé une protéine […] dont un segment […] est fluorescent. (LR : 18) (35) They have even choreographed a somersault for the [synthetic] starfish. (NS : 19) Science
fiction
Sont ici regroupées les références au domaine de la science-fiction (distinct
de la littérature générale) [pas d’occurrence relevée dans le corpus en
français] : (36) Certainly it is hard to imagine an animal much stranger than the star-nosed mole, a creature you might picture emerging from a flying saucer to greet a delegation of curious earthlings. (SA : 55) Mythologie
et croyances
Cette sous-catégorie concerne les références aux mythologies grecque et
romaine et aux croyances (superstitions, sorcellerie, etc.) :
(37)
Nous avons tous, un jour ou l’autre, assisté à un orage.
Nous avons vu, de plus ou moins près, tomber la foudre, en même temps que
nous l’entendions. Un phénomène unique, la circulation dans l’air d’un
courant électrique, produit simultanément de la lumière (l’éclair) et le
son (le tonnerre). Tout un chacun peut d’ailleurs se prendre, à petite
échelle, pour Jupiter, et reproduire l’expérience dans sa cuisine à l’aide
d’un allume-gaz, qui crépite en même temps qu’il produit des étincelles.
(LR : 22) Religion
Sont
ici regroupées les références à la religion ; compte tenu des
différences observées entre les deux langues, il semble pertinent de traiter
séparément la religion et les mythologies et croyances : (38) “The press shouldn’t evangelize a medical procedure.” (SA : 64) 4.2.3.
Référents interdomaines
Cette catégorie comprend les images fondées sur une interaction entre deux
domaines faisant appel à des connaissances spécialisées : (39) L’oxygène est géré comme fonctionne une grande partie de notre économie de marché, sans stocks, en flux tendus. (LR : 49) (40) A series of nerve endings forms a circular pattern of neural swellings in a hub-and-spoke arrangement just below the outer skin surface. (SA : 56) 4.2.4.
Difficultés de classement des référents
Nous avons choisi de classer les références littéraires parmi les
« sciences humaines » (références culturelles), mais les
références linguistiques (plus spécialisées) parmi les référents
interdomaines : (41) Par analogie avec un texte – une suite de lettres en apparence aléatoire mais qui contient des séquences de lettres (les mots) porteuses de sens –, un polymère est une longue chaîne de monomères dont certaines séquences peuvent être biospécifiques. (LR : 61) Le classement des référents nécessite une objectivité maximale et une
approche aussi consensuelle que possible : ainsi, dans l’exemple qui
suit, le référent de « bibliothèque » et de « collection »
ne sera pas « vie quotidienne », même si, pour certaines
personnes, la bibliothèque peut faire partie des expériences quotidiennes.
La référence conjointe à « collections » nous a incitée à
classer ces images parmi les référents interdomaines, considérant qu’il y
avait là une interaction entre la génétique et la bibliothéconomie. (42) Comment donc obtenir des ensembles appropriés d’hameçons, des « bibliothèques », appelées aussi protéothèques […] ? « Il a fallu 25 ans pour obtenir les “bibliothèques” disponibles aujourd’hui, alors comment faire pour obtenir les collections bien plus grandes nécessaires aux puces? » (LR : 67) Les références à l’utilisation de l’automobile seront classées parmi
les techniques courantes (accessibles à tout un chacun), mais les
références à la mécanique, parmi les références interdomaines, la
mécanique étant une technique nécessitant un niveau de connaissances
techniques qui ne font pas nécessairement partie du bagage du commun des
mortels. Certains termes sont des clichés figés (par exemple outil ou tool,
dont l’emploi figuré est lexicalisé dans les dictionnaires unilingues). En
revanche, boîte à outil ou toolkit seront considérés comme
des images s’ils sont employés dans des acceptions autres que celles qui
leur sont conférés dans les domaines du bricolage et de l’informatique,
car aucun autre emploi figuré n’est recensé. Nous considérons comme telles certaines images correspondant en réalité
sans doute à une impropriété ou à un cliché détourné : (43) « Une des premières missions du directeur d’EurOcean est de convaincre d’autres partenaires européens de grimper dans le bateau. » (LR : 64) « Grimper
dans le bateau » ne correspond pas vraiment à un cliché tel quel :
en revanche, il correspond au détournement de la définition d’un terme au
sens propre et de son application au sens figuré de ce même terme :
« s’embarquer : 1. monter à bord d’un bateau; 2. fig. s’engager,
s’aventurer (dans une affaire qui comporte de grands risques) » (PR
1993 : 373). 4.2.5.
Principaux résultats
Les résultats obtenus sont exposés dans le tableau 2 situé ci-dessous. Trois référents sont demeurés indéterminés dans le corpus français. Il
s’agit de ceux des images suivantes : (44) « Une des premières missions du directeur d’EurOcean est de convaincre d’autres partenaires européens de grimper dans le bateau. » (LR : 64) (45) Cette femme, à l’occasion surnommée « la conscience du Canada », s’intéresse à des sujets tels que l’éthique en recherche, la « brevetabilité » des gènes et l’étude des embryons. (D : 38) (46) Ainsi, les multinationales que l’on condamne vertement pour avoir pillé les trésors génétiques du tiers-monde seraient-elles accusées à tort? (D : 47) Ces trois images ont pour point commun d’être à la limite du cliché :
la première est – comme nous l’avons vu plus haut – un cliché
détourné, sciemment ou non, par son auteur. La deuxième peut s’apparenter
à un anthropomorphisme, mais présente en outre la caractéristique d’être
un surnom. Quant à la troisième, elle pourrait également être assimilée
à un cliché détourné, si l’on considère que « trésor génétique »
joue sur la notion de richesse, tout comme « patrimoine génétique »,
syntagme qui, lui, est lexicalisé et qui peut être à l’origine de l’image. À ce stade préliminaire de l’étude, nous préférons mettre ces images de côté et attendre de voir si le dépouillement du reste du corpus permet de statuer sur ces cas et, en particulier, d’éclaircir la question du cliché détourné.
*
On compte ici 37 images et 38 référents (dont 1 indéterminé) : cela s’explique
par le fait qu’une même analogie comporte deux référents distincts (exemple
[u]). Le total général laisse apparaître une prédominance des référents
expérientiels (60,71 %) : cette prédominance est légèrement
plus marquée dans le domaine anglais (63,39 %) que dans le domaine français
(57,14 %). Les référents culturels sont plus fréquents dans le domaine anglais
(21,43 %) que dans le domaine français (14,29 %). On relève par ailleurs que
les références à la religion et à la science-fiction sont exclusives au
domaine anglais. Les référents interdomaines sont plus fréquents en français (28,57 %) qu’en
anglais (15,18 %). 5.
Conclusion – perspectives
Ces résultats préliminaires pourraient être symptomatiques de la
différence entre le français et l’anglais mise de l’avant par Vinay et
Darbelnet (1977 : 58-62), selon qui l’anglais se situe plutôt sur le
plan du réel – ce qui expliquerait la prédominance des comparaisons et des
référents expérientiels, plus concrets – et le français, sur le plan de
l’entendement – traduits ici par un plus grand nombre de métaphores et de
référents culturels et interdomaines, plus abstraits. Toutefois, si les résultats préliminaires obtenus à la suite du
dépouillement de quatre magazines permettent de dégager quelques tendances
relatives aux types d’images et de référents, il importe néanmoins de
rester prudent dans leur analyse et leur interprétation compte tenu de la
petitesse du corpus concerné. Il sera intéressant de voir par ailleurs si les trois grandes catégories
de référents qui se sont dégagées de l’échantillon analysé seront
productives pour le classement des images recueillies dans le reste du corpus.
S’agissant enfin des références interdomaines, il pourra s’avérer
judicieux de spécifier les interactions rencontrées et de voir s’il est
possible de dégager des constantes quant à l’éventuel recours
systématique de certains domaines pour en illustrer certains autres. Références bibliographiquesCorpus
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[1] Voir aussi Dagut 1976 : 21 et Newmark 1983 : 33 [2] Delisle (1993 : 406-417), Newmark (1983) et Nida (1964 : 219) principalement [3] Notamment Cameron et Low, 1999, p. xii [4] Traduction de Michel Defornel 1985 : 127 [5] Dans la présente étude, les exemples cités sont extraits des quatre revues suivantes : Découvrir, mai-juin 2002 (D), La Recherche, juin 2002 (LR), New Scientist, 6 July 2002 (NS) et Scientific American, July 2002 (SA). [6] Notamment Kocourek (1992 : 27), Kerbrat-Orecchioni (1977 : 150), Fromilhague (1995 : 81) et Klein-Lataud (1991 : 72). [7] Principalement Le Nouveau Petit Robert et le Webster’s. [8] P. ex., Termium et le Grand dictionnaire terminologique. [9] La classification de ces magazines – vulgarisation ou semi-vulgarisation – est fondée sur la typologie des discours scientifiques établie par Loffler-Laurian (1983 : 10-11). [10] À noter que les images du discours scientifique et les images du discours métascientifique ont été traitées indifféremment. [PDF] |
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