metaphorik.de
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Die gedruckte Fassung dieses Beitrags ist erschienen in: Collès, Luc/Dufays, Jean-Louis/Fabry, Geneviève/Maeder, Constantino (edd. 2001), Didactique des langues romanes: le développement de compétences chez l'apprenant, Bruxelles, De Boeck/Duculot, 399-405.
De l’histoire des théories linguistiques à l’apprentissage : Le rôle de la métaphore dans le développement des conceptions et compétences métalinguistiques Jacques David CNRS « Leaple » - Université Paris V Claudia Polzin Université de Bonn 1.
Introduction
Dans
cette étude, nous traitons du problème des conceptions de la langue à travers
les métaphores. Notre objectif consiste à montrer que de nombreux processus de
métaphorisation appartiennent tout autant à l’ontogenèse des savoirs sur la
langue qu’à la phylogenèse de la pensée linguistique. Pour ce faire, nous
nous appuierons sur un double corpus : une sélection de textes
significatifs de l’histoire des sciences du langage, d’une part, et les
conceptualisations linguistiques d’élèves (du cycle primaire français),
d’autre part. Nous verrons ainsi comment les emprunts aux différentes
nomenclatures (de la biologie, de la physique, de la mécanique etc.) se
trouvent également dans les commentaires métalinguistiques de jeunes
apprenants. Ces
dernières décennies, l’analyse de la métaphore s’est sensiblement élargie
(N. Charbonnel & G. Kleiber, 1999). Originellement conçue dans la tradition
aristotélicienne, c’était une figure de l’art oratoire et poétique. La métaphore
constituait alors un moyen utilisé par les auteurs éloquents afin de donner
forme à leurs pensées, avec l’idée sous-jacente qu’il est toujours
possible de s’exprimer autrement, ou de remplacer l’expression métaphorique
par l’expression « propre ». Aujourd’hui, cette approche en
terme de « substitution » a été revue et critiquée, notamment par
M. Black (1955, 1977/1983). En effet, il s’agit d’une conception restrictive
de la métaphore, qui suppose que l’individu a toujours le choix de
s’exprimer métaphoriquement ou « littéralement ». Cependant,
de nombreux savoirs ne peuvent être exprimés autrement que métaphoriquement,
tout du moins dans les premières tentatives d’explication et de théorisation ;
nous avons alors recours à ce que M. Black (ibid.) nomme des « projections
métaphoriques ». Au-delà,
c’est l’essor des sciences cognitives qui ouvre sur un réexamen
d’ensemble de la métaphore. La « métaphore revue » est plutôt
considérée comme un procès et moins comme le résultat d’une substitution ;
en fait, un procès suscité par la mise en relation de deux domaines. Plus
exactement, il s’agit non d’une simple mise en relation, mais d’une
structuration hiérarchique : on établit une relation entre deux domaines
en appliquant certaines qualités choisies de l’un sur l’autre. Cette
structuration ne s’effectue pas au hasard. Généralement, la dénomination métaphorique
est enracinée dans l’expérience physique (M. Johnson 1987), mais aussi dans
les expériences culturelles et les relations sociales. Un nouveau concept est
ainsi structuré par une expérience plus concrète et plus fondamentale. En résumé,
du point de vue cognitif, la métaphore constitue une sorte de superposition de
deux domaines ou expériences (G. Lakoff & M. Johnson 1985) ; elle
fournit des schémas qui organisent notre interaction avec le monde. Loin de dépendre
du libre arbitre de l’individu ou du chercheur, il faut la considérer comme
un moyen – ou une phase – de conceptualisation nécessaire. Mais,
soulignons-le, cette structuration est toujours une structuration partielle des
objets. Les métaphores sont donc souvent le résultat de focalisations, pour ne
pas dire de points de vue plus ou moins idéologiques. Aucune métaphore n’est
ni « complète », ni « objective » ou « neutre »,
chacune découpe son objet selon des plans ou des options déterminées. Dans
le cadre limité de cet exposé, nous ne pourrons discuter l’hypothèse de G.
Lakoff & M. Johnson (ibid.) qui suggèrent que notre système
conceptuel tout entier a un caractère métaphorique. Il va sans dire que notre
étude, circonscrite ici à deux domaines, devrait être comprise dans une
analyse d’ensemble de la métaphore dans d’autres contextes et
questionnements : l’organisation générale des connaissances et leur
construction (J. Schlanger 1995), la motivation des signes linguistiques (C.
Normand 1976 ; R. Keller 1995/1998), ou encore les relations entre
l’acquisition du langage et le développement cognitif (J. David 1993 ;
A. Gopnik & A.N. Meltzoff 1998). Rappelons
également que le métalangage grammatical, pris ici au sens large de « langue
servant à découper et décrire les catégories et unités d’un langage objet »,
est largement déterminé par la tradition de la grammaire classique (F. Charpin,
1980 ; I. Rosier (éd.), 1988 ; B. Colombat, 1993 ; C. Polzin, à
paraitre). Toute analyse devrait donc aussi prendre en considération les usages
traditionnels et souvent inconscients des termes. Mais cela ne signifie pas que
les métaphores construites dans l’usage et formalisées dans les théories
linguistiques soient dépourvues de fondements, n’offrent que des
falsifications du réel, ou occultent toute conceptualisation scientifique. Au
contraire, nous montrerons leur intérêt autant que les limites de leur
extension. 2. Les métaphores en linguistique : du végétal au canalDurant
tout le 19ème siècle, la métaphore de l’organisme est extrêmement
courante - ce qui ne signifie pas que nous ne la trouvons pas avant cette époque[1].
Mais c’est évidemment au cours de ce 19ème siècle que le champ
lexical métaphorique de l’organisme s’est énormément généralisé. Qu’est-ce
qu’un organisme ? Tout d’abord, sans spécification, c’est un être
très abstrait. Le seul trait caractéristique valable, indépendamment du
caractère spécifique de l’organisme, semble-t-il, c’est l’idée d’un
tout et de ses parties, l’idée d’un tout structuré. En analysant les
textes linguistiques de l’époque, on trouve toute une gamme d’images qui se
laissent réduire au dénominateur commun « organisme » : vie,
racine, branche, germe, souche, rameau, généalogie
et arbre généalogique, (langue-) mère, (langue-) sœur, (langue-)fille,
et des adjectifs comme organique, fécond ou vivant… En
établissant la liste des termes-clés, on voit clairement qu’il y a deux
groupes de métaphores : celles du domaine-source des plantes et celles du
domaine-source de la vie humaine. Mais ces deux domaines ne s’excluent pas,
tout au contraire ; ils coexistent, même là où les différentes images
se contredisent du point de vue logique. Cette distribution est particulièrement
saisissable dans l’œuvre de J. Grimm (cité par V. Krapf, 1993) qui met en
parallèle le développement des langues et celui des plantes tout en décrivant
en même temps les parties de la langue à l’aide de métaphores
anthropomorphiques : les consonnes comme les os et les muscles,
les voyelles comme la respiration et le sang ; les consonnes
comme l’élément masculin, les voyelles comme l’élément féminin,
dont l’unification engendre la racine, etc. Dans le même sens, on
trouve chez les frères A.W & F. Schlegel (1808, 1818), mais aussi plus tard
chez A. Schleicher (1863), W. v. Humboldt (1820, 1827-1829) et d’autres, cette
double lecture de l’organisme : un vocabulaire végétal et des termes se
référant à la vie humaine. Dès qu’il y a emploi métaphorique, il semble
ne pas y avoir contradiction, mais plutôt accumulation. Mais
une métaphore n’explique rien. Ce n’est qu’en révélant les contextes
dans lesquels elle est utilisée et les intentions auxquelles elle correspond
qu’on peut mettre en lumière son rôle dans le raisonnement et la
communication. Mis à part les détails caractéristiques de chaque auteur[2],
on peut constater que les linguistes du mouvement comparatiste, sensiblement
influencés par les théories de G. Cuvier (l’anatomie comparée) et celles de
Ch. Darwin, ont souligné le caractère autonome de la langue et du langage
auxquels ils ont donné une dimension historique. La projection de connaissances
du domaine de la physiologie et de la biologie a ainsi, sans doute, aidé à découvrir,
dans les réflexions sur les phénomènes langagiers, des dimensions d’analyse
jusque-là peu exploitées. Néanmoins, une métaphore introduit toujours des
aspects non-rationnels. C’est le cas de la valorisation problématique de
certains groupes de langues à travers la terminologie végétale. De
plus, comme chaque projection métaphorique, la terminologie organiciste laisse
des zones obscures. Ainsi supprime-t-elle, par exemple, les causes du changement
des langues. La métaphore sert bien à mettre en relief des changements, mais
sont voilés le pourquoi du développement observé, de même que les facteurs
intervenant dans les processus d’évolution. Si l’on admet qu’une langue
est à tout temps un continuum, un diasystème de variétés diverses et non pas
un bloc monolithique (c’est là un des problèmes suscités par l’image de
l’arbre généalogique), cette conception devrait être appliquée également
à la diachronie[3]. Tournons-nous
maintenant vers quelques métaphores plus actuelles et notamment celle du canal
ou du conduit (angl. « conduit-metaphor ») analysée par M.
Reddy (1979), et qui constitue un modèle de la communication très répandu. Ce
modèle se fonde sur les projections suivantes : les idées (ou
significations) sont des objets ; les expressions linguistiques sont des
contenants ; communiquer, c’est faire parvenir quelque chose. Au premier
coup d’œil, cette description semble intuitivement correcte. Parler, c’est
mettre des idées dans des mots ; communiquer, c’est envoyer ces idées
bien « emballées » à un récepteur qui, lui, sort les idées-objets
de leurs mots-contenants pour les intérioriser (voir également G. Lakoff &
M. Johnson, ibid.). Cependant,
cette métaphore masque des aspects importants du processus de la communication,
et notamment le fait que les mots – et les textes – ont des significations
en eux-mêmes, « objectives », indépendamment du contexte et des
locuteurs. Cette conception d’une signification clairement délimitable,
toujours identique ou reproductible, fait perdre de vue le caractère interactif
de toute communication, les échanges entre locuteurs et l’influence réciproque
qu’ils exercent les uns sur les autres. Nous voyons donc comment cet ensemble
métaphorique crée une image idéalisée de la communication, en partant
d’une signification objective, identique pour l’émetteur et le récepteur,
en occultant les significations, les connaissances et les expériences plus ou
moins bien partagées. Bref, ce modèle ne reconnait aucun problème dans le
« circuit » de communication Il
serait cependant simpliste de tirer du « démasquage » de cet
ensemble métaphorique la conclusion qu’il est faux et qu’il ne faut donc
pas l’utiliser. Outre le fait qu’une métaphore ne peut pas être fausse ou
vraie, ce modèle est beaucoup trop fondamental pour qu’on puisse simplement
l’éviter. L’important est de reconnaitre qu’il ne donne qu’une image
partielle de la communication et que, par cette sélectivité, le caractère
complexe de la communication est masqué. Cet examen critique évite en fait de
se laisser tromper par la métaphore. Bien
évidemment, il nous faudrait évoquer d’autres conceptualisations actuelles
qui rapprochent la communication d’un procès économique ou bureaucratique (« échanger
des positions », « organiser son discours », « gérer
des connaissances ») et celles qui envisagent la communication comme une
machine, un ordinateur (« donner un signal », « encoder/décoder »,
« programmer »)[4].
On pourrait y ajouter d’autres métaphores également répandues : la
langue vue comme « système » de signes ou de règles, « instrument »
ou « outil » de la pensée ; la communication vue comme action
d’« ingérer » lorsqu’il s’agit d’ « avaler »
des informations ou de les « servir » à quelqu’un. Il existe en
fait dans le discours scientifique comme dans les concepts quotidiens - deux
domaines souvent difficiles à délimiter -, des perspectives concurrentes, qui
chacune, en focalisant sur des phénomènes et problèmes différents,
remplissent une fonction déterminée, mais évidemment aucune n’est en mesure
de saisir complètement la complexité du langage humain et la diversité des
langues. 3. Les métaphores d’apprentissage dans la métalangue grammaticaleComme
dans l’essor des théories linguistiques, la métaphore participe de la
formation des concepts linguistiques chez les élèves plus ou moins jeunes ou
expérimentés, mais aussi dans les manuels d’enseignement-apprentissage et
plus largement dans les discours didactiques. Faute de place nous nous n’étudierons
ici que le corpus de productions des apprentis grammairiens. Concernant
les métaphores élaborées par les élèves, nous prendrons l’exemple du
terme « nom » (substantif) et de son usage dans le repérage des
unités linguistiques correspondantes. Nous avons remarqué[5]
qu’en 1ère et 2ème primaire, que la plupart des élèves
ne reconnaissent pas les noms parce que « ça ne dit pas comment ils
s’appellent » (Élodie, 6,11 ans), ou bien dans la phrase :
« Patrick a acheté une veste neuve », « ce n’est pas son
nom à la veste - peut-être pour un animal oui mais pas pour les vêtements »
(Julien 7,3 ans). En fait, le terme « nom » ne peut s’appliquer
qu’à des animés. La polysémie du terme ne peut aider à l’identification
des unités correspondantes. On le voit, la métaphore originelle qui détermina
le choix du terme brouille la compréhension du concept. Seuls les noms propres
sont reconnus, à condition qu’ils désignent des personnes. Il semble donc
que le « nom » ne puisse être conceptualisé dans une analyse
grammaticale indépendamment de sa signification « ordinaire ». En
fait, chez les jeunes sujets, ce terme ne parvient pas encore à se différencier
dans la distribution des classes de mots en nom, verbe, adjectif, pronom…
et dans ses relations morphosyntaxiques, notamment avec les déterminants. Il
est pris au sens commun de « nom » d’un individu (prénom ou
patronyme). On voit alors combien la constitution d’une classe grammaticale
aussi simple peut être problématique et combien la métaphorisation sous
jacente peut gêner la construction des savoirs en langue. Avec
des élèves un peu plus âgés – i-e familiarisés avec la métalangue
grammaticale – le recours à des métaphores apparait plus positif. Les
reformulations produites dans l’analyse des relations syntaxiques montrent que
les élèves ont besoin de figurer certains termes lexicalement opaques. Ainsi
Jamel (10,5 ans) explique que : « le verbe se marie avec le sujet
pour qu’on sait qu’il est féminin ou masculin ». Il est évident,
dans cet exemple, que la relation de « mariage » signifie la
relation de conjugaison et la nécessité de l’accord. La métaphore est
habile ; elle est construite à la fois sur le type de relation et la
signification des termes impliqués : féminin et masculin. Car, dans cette
paraphrase naïve, la réalité du lien morphosyntaxique, n’est-il pas
justement d’assurer un accord qui nécessite en l’occurrence
l’identification des genres. Les arguments avancés pour expliquer les relations grammaticales de genre et de nombre, principalement, offrent une grande diversité de créations métaphoriques. Le marquage du pluriel, par exemple, généralement lié à des critères sémantiques ou référentiels, est identifié à l’opération d’ajout : « on ajoute un “s” parce qu’il y en a plusieurs » ; « le “x” ça veut dire qu’il y en a plein », qui peut s’étendre à des justifications encore plus iconiques (M. Kilani-Schoch, 1988 ; W. Dressler, 1995) du type « Il faut mettre deux “s” parce qu’il y en a deux des voitures » ou bien « Comme, il y a “des” devant et bien le “s” de “des” je le prends et je le colle à tous les mots ». Comment expliquer autrement les chaines d’accord dans le syntagme nominal ou la phrase ? Certes, le principe est sommaire et approximatif, mais la justification en terme de distribution des marques offre l’avantage de passer d’une logique de simple marquage morpho-sémantique : le « s » du « beaucoup », du « plusieurs » ou du « plein », au « s » compris dans ce lien graphique d’unification syntaxique nécessaire en français. Notons au passage que les fonctions de l’ordinateur, et plus précisément du traitement de texte, en l’occurrence le « copier-coller » engendre de nouvelles métaphores dans les pratiques d’écriture. Concernant le marquage du pluriel, le problème reste, bien évidemment, de reconnaitre toutes les classes de mots et de ne pas appliquer cette règle imagée (« copier-coller » le « s ») à tous les éléments de la phrase, notamment aux verbes et aux adverbes. Ces
exemples ne doivent pas nous conduire à édifier en principe d’apprentissage
ce recours spontané aux métaphores. Leur étude peut cependant nous aider à
comprendre les processus de construction des notions et relations grammaticales,
car celles-ci sont très souvent problématiques, décalées, génératrices de
contre-sens et d’ambigüités conceptuelles (voir l’une des trop rares études
sur la question : H. Kilcher-Hagedorn et al., 1987). En fait, nous
remarquons que, lorsque la terminologie grammaticale ne fait pas écran à la réflexion
et au raisonnement, les élèves recourent volontiers à des métaphores qui
assurent, au moins temporairement, la compréhension des phénomènes étudiés.
Il nous semble donc important de partir de ces métaphores enfantines – pour
peu qu’elles soient signifiantes – afin d’asseoir des savoirs cohérents.
L’objectif consiste alors à analyser le processus de métaphorisation
sous-jacent pour éclairer les fonctionnements, puis de mettre à jour les
composantes ou les variables oubliées, et à terme introduire la nomenclature légitime.
Bien sûr, il ne faudrait pas inverser le processus d’apprentissage et faire
de la métaphore le but de l’activité réflexive sur la langue. Ou alors,
nous empêcherions la découverte
et la maitrise des fonctionnements linguistiques, en reproduisant une démarche,
malheureusement fréquente, où la terminologie grammaticale est à la fois
l’objet et le but de l’activité. Il
convient également étudier ces procédés de métaphorisation dans la maitrise
du lexique. Ils sont en effet très fréquents et révèlent des démarches en
apparence singulières, mais en fait très régulières dans la construction des
unités lexicales. La compréhension des métaphores est certainement un problème
majeur dans l’apprentissage du langage ; leur reconnaissance nécessite
un travail explicite notamment autour de la polysémie (cf. notamment J. Picoche,
1993). Il est ainsi essentiel de décrire précisément les différents polysèmes
qui s’agrègent dans l’usage de verbes aussi courants que « marcher »
ou « tomber », car ce sont des procédés de métaphorisation qui
sont à la base de leurs différents sens (par exemple, « marcher sur une
route » vs. « marcher dans une combine »). Or, ces procédés
échappent souvent à la compréhension des élèves ; le décryptage des
polysèmes doit donc permettre aux élèves de sortir de l’impasse de la monosémie
ou de cette pseudo explication binaire en terme de « sens propre » vs.
« sens figuré ». Dans l’univers de la formation, également, il faudrait analyser précisément les procédés de métaphorisation à l’œuvre dans les emplois pourtant banals du mot « lecture » : la « lecture » d’images, qui renvoie à l’interprétation ; ou à l’inverse la « lecture optique » ou « lecture électronique » qui ne décrit que l’opération de transcodage. Les mêmes constats s’appliquent à l’usage aussi métaphorique du terme « grammaire », notamment lorsqu’il est appliqué au fonctionnement des textes. Nous pourrions bien évidemment multiplier ces exemples dans les discours de formation. 4. Pour conclureRéfléchir sur les langues et le langage implique presque inévitablement le recours à des processus de métaphorisation. Ces métaphores se situent dans un cadre historique déterminé, et chacune véhicule une image spécifique qui sert à mettre en relief certains aspects de la langue et du procès de la communication. Aussi est-il important de dévoiler ces valeurs du métalangage que l’on a trop souvent l’habitude de considérer comme « neutre ». En
fait, l’intérêt des conceptualisations métaphoriques apparait quand elles
rendent disponibles des réalités abstraites. Elles fournissent des schémas
conceptuels pour structurer le monde ; elles élargissent, pour ainsi dire,
notre horizon théorique. Mais il faut toujours considérer qu’elle ne
constitue qu’une perspective choisie parmi d’autres et ne peut donc se
confondre ni avec une description objective ni avec une explication. Dans ce
processus particulier de lexicalisation, l’objet ou le concept ciblé perd
souvent de sa spécifique. Le travail du linguiste comme du didacticien
consistera alors à en décrire les traits sous-jacents pour que ces métaphores
puissent fonctionner en toute conscience. Cependant, si nous désirons prendre en compte les effets positifs, il nous semble nécessaire de thématiser ce que les métaphores n’expriment pas, afin d’éviter de reproduire, dans la recherche comme dans l’enseignement, des images simplistes. Il s’agit dès lors d’analyser la base ou les fondements imagés de la plupart des modèles, des théories, des conceptualisations qui réifient certaines composantes de l’objet étudié pour en masquer d’autres. Bien évidemment, la démarche proposée rencontre d’autres principes, appliqués notamment à l’étude des langues. Il nous semble en effet nécessaire d’utiliser les métaphores pour sensibiliser les apprenants au fait qu’on ne peut s’en tenir aux significations inscrites ou préconstruites des termes et des concepts grammaticaux – en gros, celles des dictionnaires et des grammaires. Il faut donc encourager le travail de réflexion sur les langues, afin d’écarter des démarches qui se présenteraient strictement sous la forme de règles et de listes à mémoriser. Au-delà, il convient de repenser la tâche d’étiquetage afin de la rendre plus efficiente ; ce que F. Grossmann (1998) propose dans « l’entrainement à l’explication », c’est-à-dire dans cette capacité donnée aux élèves « de parler leur langue, ou d’autres langues, [qui est] aussi la capacité à parler sur leur langue. Ce qui suppose, pour eux, la possibilité d’utiliser le langage ordinaire pour analyser, avant de recourir à la métalangue ». Références bibliographiesBlack, M. (1955). « Metaphor », Proceedings
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[1] Le Traité de Ch. de Brosses (1765), par exemple, déborde d’expressions comme germe, tronc, racine ou branche ; la métaphore végétale est également présente chez nombre d’auteurs de l’antiquité ; M.T. Varron utilise entre autres les expressions radix (V, 13) et fons (V, 92) dans ses réflexions sur l’origine des mots. [2] Si les frères Schlegel se réfèrent avant tout à la morphologie - en opposant les langues flexionnelles « organiques » aux autres langues « mécaniques » -, A. Schleicher développe un programme linguistique qui s’oriente à tous égards vers les sciences naturelles, et notamment la biologie. En revanche, W. v. Humboldt met plutôt en relief la dimension socioculturelle de la langue (cf. C. Polzin 1998 : 455-457). [3] Voir le projet de manuel d’Histoire des langues romanes, à paraitre à partir de l’an 2000 à Berlin-New York chez de Gruyter. [4] Signalons au passage que, dans les premiers modèles, l’échange téléphonique apparait comme le prototype de la communication (émetteur, récepteur, canal, code, message...). Cette perspective se traduit aussi dans les représentations graphiques de beaucoup d’ouvrages de vulgarisation, qui montrent souvent des personnes « reliées » par un câble. Évidemment, cet ensemble métaphorique a profondément marqué notre manière de concevoir la communication. [5]
Voir les travaux de l’équipe LÉA (Linguistique de l’écrit et
acquisition) du laboratoire « Léaple »
(UMR 8606 du CNRS) qui décrivent l’acquisition de l’orthographe à tous
les niveaux de la scolarité (voir entre autres J.-P. Jaffré &
J. David, 1999).
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ISSN 1618-2006 (für das Journal) zuletzt bearbeitet am 20.12.11 |