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Dies ist die ergänzte und bibliographisch überarbeitete Form eines Kongressbeitrags, der in Schriftform erschienen ist unter Osthus, Dietmar, "Cognition et usage: prototypes et/ou champs métaphoriques. Le langage figuré en linguistique contrastive", in: Englebert, Annick / Pierrard, Michel / Rosier, Laurence / Raemdonck, Dan van (Hg.) Actes du XXIIe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes (Bruxelles, 23-29 juillet 1998), Tübingen 2000, VII, 549-558.

 

 

Prototypes et/ou champs métaphoriques – le langage figuré en linguistique contrastive

(Dietmar Osthus, Bonn)

 

1. Remarques méthodologiques

Depuis quelques années le langage figuré fait l’objet d’innombrables études. Parmi toutes les figures de style - découvertes, décrites et catégorisées depuis l’antiquité - c’est avant tout la métaphore qui a éveillé l’intérêt des chercheurs. En effet, on constate un véritable foisonnement de travaux consacrés aux divers aspects du phénomène langagier qu’est la métaphore. Il suffit pour s’en convaincre de consulter les bibliographies récentes (Noppen/Knop/Jongen 1985, Noppen/ Hols 1990). Du fait des divers tournants de la linguistique d’une discipline structuraliste pure et dure –limitée au niveau du système- à une science intégrant également les perspectives pragmatique et cognitive du langage, les contributions à une recherche de l’impact philosophique de la métaphore se sont vues complétées par des théories explicitement linguistiques. Parmi ces théories, celle de Lakoff/Johnson (1980) a connu un rare succès en accentuant le rôle de la métaphore comme une clef linguistique aux conceptualisations cognitives. Influencés par la sémantique du prototype, Lakoff/Johnson ont insisté sur la normalité discursive comme sur la motivation cognitive de la métaphore. Définissant la métaphore comme un modèle cognitif idéalisé (Lakoff/Turner 1987) (Idealized Cognitive Model ICM) ils ont ouvert la voie à de nombreuses études concentrées sur la métaphore comme phénomène cognitif (MacCormac 1985, Lakoff/Turner 1989, Liebert 1992, Weber 1995, Jäkel 1997) et quotidien (Noppen 1992, Koch 1994, Debatin 1995, Baldauf 1997). À côté des recherches cognitivistes on rencontre également des travaux inspirés par l’approche pragmatique, mettant l’accent sur les récurrences et fonctions textuelles de la métaphore (Grzmil-Tylutki 1994, Schmitt 1994, Gil 1998).

Vu l’énorme intérêt que suscitent les métaphores, l’absence d’études métaphorologiques dans le domaine de la linguistique contrastive ne peut qu’étonner. Ni le pragmatisme ni le cognitivisme ne se sont posé la question du degré de convergence interlinguistique du langage figuré. Ceci s’explique peut-être par une certaine tendance inhérente à la linguistique américaine – qui a fortement marqué toute approche cognitiviste- de généraliser les résultats obtenus sur la base d’un seul « modèle culturel (voire [du] système symbolique qu’est la langue américaine) » (Dubois 1991 :25). De même beaucoup de linguistes partant d’approches diverses soulignent l’identité des métaphores à travers les différentes langues. Weinrich (1976 :287) parle d’une « communauté européenne des champs métaphoriques [abendländische Bildfeldgemeinschaft] », Coseriu (1979 :26) suggère même l’universalité de l’imagination humaine.

Les traducteurs et traductologues (Newmark 1985, Pisarska 1990) se trouvent pratiquement seuls à modifier ces jugements. Dagut (1976, 1987) énonce les problèmes pratiques que pose la traduction des métaphores, surtout si elles relèvent d’une culture spécifique de la langue-source. Il se heurte ainsi à l’idée d’un universalisme métaphorique :

« (..) This simplistic approach not only asks us to swallow the paradox of making one of the most complexly creative uses of language the easiest of all to translate, but also requires us to accept the untested and improbable assumption that all metaphors are universal, and that it is therefore sufficient for a metaphor to be acceptably and effectively used in one language to ensure is equal acceptability and effectiveness when literally transferred to any other. » (1987 :78)

Klein (1990 :417) approuve ces objections en mentionnant un possible sacrifice des métaphores « sur l’autel de la langue cible », et Klimaszewska (1991 :368) plaide dans le cadre de la phraséologie contrastive pour une séparation des dispositions psychiques communes à chaque être humain et des connaissances et habitudes limitées aux communautés linguistiques distinctes.

Un des remèdes les plus sûrs pour surmonter les difficultés que cause la recherche des équivalences interlinguistiques consiste en une analyse contrastive, basée sur un corpus de textes authentiques d’au moins deux langues. Une telle analyse présente l’avantage de fournir des renseignements fiables sur l’usage métaphorique – un exploit que n’accomplissent ni la lexicographie bilingue ni la comparaison de traductions toutes faites. Les bases méthodologiques esquissées, nous procédons donc à l’étude fonctionnelle de l’usage des métaphores appartenant au même modéle cogntitif LE DÉBAT EST UNE GUERRE (Lakoff/Johnson 1980 :4-6) dans des articles de presse allemands et espagnols, parus dans les journaux nationaux El Pais (EP) et die tageszeitung (taz). Le but de notre analyse sera de délimiter le niveau de convergence et de divergence interlinguistique et de discuter l’applicabilité des théories de la métaphore en linguistique contrastive.

 

2. Analyse du corpus

La métaphore conceptuelle LE DÉBAT EST UNE GUERRE est présente dans des textes espagnols et allemands. La projection métaphorique –appelée selon la terminologie cognitiviste le mapping-  du domaine-source de la « guerre » vers le domaine-cible du «débat »  est donc un principe non-limité à une seule communauté linguistique. Les lexèmes signifiant « guerre », l’espagnol guerra et l’allemand Krieg, constituent une sorte d’archimétaphore de ce concept métaphorique, comme l’attestent les exemples suivants : [Je vous renvois aux exemples 1 à 6]

(1)     [succesion à la tête du PCE] ¿Quién ganará en esta ‘guerra‘? (EP 22.1.98, 18)

(2)     [Sur les fonds de cohésion de l’Union Européenne] La guerra de los fondos (EP 26.2.98, 22)

(3)     El dirigente socialista (..) anunció ayer que en la proxima reunión (..) el primer tema será „la guerra sucia del PNV contra el PSOE“. (EP 22.1.98, 15)

(4)     [Controverse entre le Parti Socialiste et la chaîne de radio catholique Cope] La guerra de la Cope se recrudece. Esta vez con un final incierto. (EP domingo 1.3.98,1)

(5)     Derweil schaukeln zwei sprechende Plüschpapageien überm Klavier, von Plastikefeu idyllisch umrahmt. Artig und friedlich und gerade so, als ob der Krieg der Geschlechter mit ihnen gar nichts zu tun hätte. (taz-Berlin 29.8.96, 28)

(6)     Nicht eine ihrer Kolleginnen sei freiwillig bereit, abends noch länger zu arbeiten: "Da wird es auch Krieg untereinander geben. Jede wird versuchen, frühe Schichten zu kriegen. Die Leute sind wütend", sagt Gisela Romanowski als Gewerkschaftsfrau. (taz 28.8.96, 12)

Malgré la convergence approximative entre l’usage métaphorique de guerra et de Krieg on constate une divergence contextuelle. Tandis que l’emploi de guerra se réfère à des conflits concrets dont les participants et les buts sont connus, l’allemand Krieg s’utilise de façon métaphorique surtout pour souligner la gravité d’une controverse plutôt abstraite. En revanche, l’usage figuré des substantifs espagnols batalla, lucha et pugna ne diffère point de celui de leur équivalent allemand Kampf  (« bataille »):

(7)     Anguita dejará en verano la dirección del PCE y cerrará la batalla por su sucesión. (EP 22.1.98, 18)

(8)     La renovación del Partido Revolucionario Institucional afronta pugnas internas y deserciones. (EP 1.3.98, 12)

(9)     [..] el líder de IU se ha dirigido a todas las fuerzas políticas (..) para pedir la unidad de la izquierda en la lucha por la jornada semanal de 35 horas. (EP 26.2.98, 15)

(10)  Eines der großen politischen Talente Südafrikas, ANC-Generalsekretär Cyril Ramaphosa, ging allerdings leer aus. Zu verdanken hat er das Vizepräsident Thabo Mbeki, der unauffällig, aber eisern den Kampf um die Nachfolge führt. (taz 6.5.96, 3)

(11)   Die Energiepolitik war vor 20 Jahren der Ursprung meines ökologischen Engagements. Es begann mit dem Kampf gegen das Atomkraftwerk Wyhl. (taz 31.8.96, 23)

L’appellation de la période précédant les élections campagne ou  bataille électorale constitue un internationalisme comme en témoignent l’espagnol batalla electoral (EP 26.2.98, 10), campaña presidencial (EP 26.2.98, 6) et l’allemand Wahlkampf (taz 7.3.98, 3) ou Wahlkampagne [1] (taz 19.7.96, 10). Les mécanismes des démocraties occidentales s’insèrent donc bien dans cette métaphore conceptuelle de la guerre.

À part les projections (archi-)métaphoriques de la guerre sur les différends on rencontre lors de l’analyse du corpus également des emplois figurés des divers éléments qui font l’ensemble d’une situation guerrière, comme la tactique, les actions concrètes de l’attaque ou de la défense  et les positions prises sur le champs de bataille. L’examen des textes démontre une convergence presque absolue de l’usage figuré de l’espagnol estrategia et de son équivalent allemand Strategie :

(12)  A su juicio, la politica del PNV contra el PSOE es una estrategia pensada para „disimular los flancos de ataque que el PP le propicia por su politica antiterrorista“. (EP 22.1.98, 15)

(13)  Er war, sagen Eingeweihte, das Hirn hinter Clinton; nicht bloß Wahlkampfmanager, sondern Mastermind der Strategie, aus einem Demokraten einen De-facto-Republikaner zu machen und damit den echten Republikanern die Show zu stehlen. (taz 31.8.96, 11)

De surcroît on remarque une conformité des emplois métaphoriques de l’inventaire lexical néolatin faisant partie du champs sémantique de la guerre des deux langues. Ainsi les termes ofensiva /Offensive de même que posición/ Position sont soumis à des mappings identiques :

(14)  El PNV ordena una nueva ofensiva contra el PSOE por los GAL (EP 22.1.98, 1)

(15)  Warum hat Franjo Tudjman ausgerechnet diesen Zeitpunkt für seine "neue Offensive der Versöhnung" gewählt? (taz 28.8.96, 15)

(16)  Monseñor Sanchez había meditado cuidadosamente su salomónico pronunciamiento ante los periodistas. Y no tiene intención de moverse un milimetro de esa posición... (EP domingo 1.3.98, 2)

(17)  Der Superintendent kündigte für den Herbst Gespräche zum Thema Mißbrauch für interessierte Eltern aller zehn Kitas in Kreuzberg an, die in der Trägerschaft der evangelischen Kirche sind. "Wir müssen klare und offensive Positionen durchhalten", so Wittkopf. (taz-Berlin 27.8.96, 23)

Le domaine de la guerre le plus fréquemment métaphorisé est celui de l’attaque. Dans les articles de presse espagnols l’usage figuré des formes dérivant du verbe atacar ou du substantif ataque, souvent accompagné des adjectifs et des adverbes renforçants comme duro et ferozmente, est très commun :

(18)  Anguita ataca a los sindicatos mientras pide unidad a la izquierda (EP 26.2.98, 15)

(19)  La ejecutiva del PNV decidió atacar a Barrionuevo para forzar al PSOE a „depurar“ el ‚caso GAL‘ (EP 22.1.98, 15)

(20)  Recordó que no es la primera vez que el coordinador de IU atacaba a los sindicatos (..). (EP 26.2.98, 15)

(21)  También recuerda Jáuregui el „apoyo inestimable que el PNV le dio al gobierno en toda la batalla mediática, en la que fuimos ferozmente atacados“. (EP 22.1.98, 15)

(22)  Duro ataque del vicepresidente del Gobierno en el Senado – Cascos califica de „anormalidad democratica“ la etapa socialista (titre) (EP 26.2.98, 1)

(23)  El duro ataque que el PNV lanzó (..) en el Congreso contra (..) José Barrionuevo (..) fue decidido por el Euskadi Buru Batzar (..). (EP 22.1.98, 15)

Dans les textes allemands l’usage métaphorique de l’attaque militaire dans un contexte politique est moins habituel qu’en espagnol. En plus, les attaques métaphoriques en allemand sont plus souvent dirigées contre les opinions d’un adversaire que contre sa personne. Ceci s’aperçoit aisément, vu les exemples suivants d’une utilisation métaphorique des lexèmes Angriff et Attacke :

(24)  Die PDS zur Ehrlichkeit mit sich selbst zu zwingen, übersteigt ohnehin unsere Kräfte, zumal dies die PDS entlastet, die solche Angriffe schon wieder als Provokation des politischen Gegners empfindet. (taz 26.8.96, 10)

(25)  Brownings Studie schließt mit der Frage, ob nicht jeder von uns sich auf (..) ähnliche Weise verhalten hätte. Doch weder diese abstrakten Überlegungen noch die vielen anderen Versuche, den Holocaust mit Hilfe universalistischer Theorien über Modernisierung zu beschreiben, sind so heftig als ahistorisch attackiert worden wie Goldhagens Bemühung, die Shoah aus der deutschen Geschichte zu erklären. (taz 29.8.96, 10)

Même si l’allemand dispose sur le plan sémantique de formules correspondantes au syntagme espagnol atacar a una persona, les journalistes germanophones de la tageszeitung se montrent apparemment beaucoup plus réticents envers ces expressions que leurs collègues espagnols du Pais. Il y a donc une divergence sur le plan pragmatique. Un phénomène semblable se fait jour quand on confronte l’usage métaphorique des expressions relatives à la défense militaire dans les textes hispanophones et germanophones. La défense est étroitement liée à l’attaque puisque le fait de se défendre suppose toujours la situation ou, au moins, le sentiment d’être attaqué. L’examen contrastif de l’emploi figuré des verbes defender(se) et (sich) verteidigen promet d’être révélateur.

(26)  En consecuencia, no toda la izquierda (..) está a favor de defender el objetivo del pleno empleo. La izquierda está hoy „dominada por el pensamiento de la derecha“, dijo. (EP 26.2.98, 15)

(27)  Julio Anguita (..) volvió a echar sal sobre las heridas abiertas con los sindicatos al acusarles de defender solo „los intereses de sus afiliados“. (EP 26.2.98, 15)

(28)  Quienes hablan, en privado, con José Sanchez, secretario de la Conferencia Episcopal (..) dan fe de la firmeza de sus convicciones a la hora de defender a la cadena de la Iglesia del „enemigo exterior“. (EP domingo 1.3.98, 1)

(29)  Gemessen an der Durchsuchungsentscheidung, die Janknecht trotz aller juristischer Gegenargumente immer noch verteidigt (..) ist die Abberufung Janknechts von der Justizpressestelle ein billiger Witz. (taz-HB 28.8.96, 21)

(30)  Im Gegensatz zu der Berliner Gruppe hält es das Lübecker Bündnis gegen Rassismus für höchst problematisch, ausgerechnet in Grevesmühlen eine Kundgebung abzuhalten. [..] Ein massenhafter Einfall von "Besserwessis" sei "kontraproduktiv". Sabine Fischer verteidigt dennoch das Berliner Vorhaben. (taz 28.8.96, 4)

La différence essentielle qui s’affiche entre l’espagnol defender et l’allemand verteidigen réside dans les solidarités lexicales. La tournure defender un objectivo /defender los intereses correspondrait au syntagme allemand Interessen vertreten (« représenter la volonté ») qui ne s’intègre pas dans la même métaphore conceptuelle. L’allemand verteidigen s’emploie métaphoriquement surtout pour signifier la réponse à un reproche verbal. Le dialogue entre syndicats et patrons en Allemagne obéit à un modèle plutôt consensuel, exprimé par le terme allemand –lui même métaphorique- du Sozialpartnerschaft (« partenariat des acteurs sociaux ») qui exclue les métaphores belliqueuses, tandis que le langage figuré utilisé dans la presse espagnole suggère une relation conflictuelle entre les acteurs sociaux ou politiques.

Parmi les métaphores de la guerre attestées dans les textes espagnols, nombreuses sont celles qui trouvent leur origine dans les traditions de guerre médiévales. La poursuite continue d’un but –souvent d’ordre moral- peut ainsi s’exprimer à travers la métaphore de la cruzada (« croisade »), comme le démontrent deux exemples tirés du contexte de la politique mexicaine et cubaine :

(31)  [crise du PRI mexicain] Dias atrás, el gobernador de Puebla (..) convocó a una cruzada contra el aborregamiento político y por la salvación del Partido Revolucionario Institucional (EP 1.3.98, 12)

(32)  [discours de Fidel Castro] Sin beber un solo sorbo de agua, sin una pausa para ir al baño, el veteran líder cubano (..) dejó bién claro que una de las grandes cruzadas revolucionarias (..) en el futuro es conseguir la supresión del bloqueo económico norteamericano. (EP 26.2.98, 5)

L’allemand Kreuzzug s’utilise d’une façon analogique ; son emploi métaphorique est cependant moins habituel que celui de son équivalent espagnol :

(33)  [visite du Pape à Berlin] Während die Amtskirche unter Johannes Paul II. immer mehr in die Krise steuert, (..) wächst "Kommunion und Befreiung" rasant. 30 Millionen Menschen werden ihr weltweit zugerechnet. Der Papst nennt ihre Mitglieder seine "persönliche Armada" im Kreuzzug gegen den Zerfall der christlichen Werte, (..) wie er all diese Erscheinungen gestern wieder nennt. (taz 24.6.1996, 3)

L’espagnol caballo de batalla qui équivaut le français cheval de bataille se trouve sans correspondance métaphorique allemande:

(34)  Hoy, los fondos estructurales clásicos (..) más los fondos complmentarios (sic!) (..) son el gran caballo de batalla de los presupuestos para el periodo 2000-2006 de la Union Europea. (EP 26.2.98, 22)

Le langage figuré espagnol est marqué par l’entrée des pratiques de la guerre médiévale, plus que ne l’est l’inventaire métaphorique allemand. C’est ainsi que s’explique la grande popularité des coups de lance métaphoriques, hors pair en Allemagne, qui s’observe quand on regarde les nombreuses attestations du verbe lanzar (« lanzar un ataque », EP 22.1.98, 15 ; « lanzar un (grave) insulto », EP 26.2.98, 2) ou du substantif lanzada :

(35)  CC OO termina con una lanzada directa a Julio Anguita. „Lo que resulta incomprensible (..) es el obstinado intento de una persona por defender, interpretar y practicar en exclusiva las demandas de la izquierda.“ (EP 26.2.98, 15)

La perception d’une formation politique ou religieuse comme une armée se traduit dans les deux langues contrastées par plusieurs métaphores, qui tout en étant issues du même modèle conceptuel divergent aux niveaux syntagmatique et pragmatique. Ainsi le composé allemand Ablenkungsmanöver (« diversion ») rencontre sur le plan fonctionnel un équivalent espagnol dont la structure morpho-syntactique est fort divergente :

(36)  Die Gerüchte um seinen angeblichen Rücktritt seien "völliger Quatsch". Die Nachricht um die angeblichen Intrigen innerhalb der CDU-Fraktion erreichte den stellvertretenden Bürgermeister in Bonn. [..] Die ganze Geschichte sei eventuell "ein Ablenkungsmanöver der SPD", die momentan wegen der Durchsuchungsaffäre in den Bremer Medien unter Beschuß steht, mutmaßte Nölle. (taz-HB 31.8.96, 33)

(37)  A su juicio, la politica del PNV contra el PSOE es una estrategia pensada para „disimular los flancos de ataque que el PP le propicia por su politica antiterrorista“. (EP 22.1.98, 15)

Sans pour autant poser de problème de compréhension, l’usage métaphorique de la « désertion » en relation à un parti politique doit paraître incongru à un lecteur germanophone:

(38)  [Crise du PRI mexicain] Registra (..) deserciones propias de un movimiento que (..) pretende cambiar su perfil imperial y acomodarse a los nuevos tiempos. (EP 1.3.98, 12)

Dans ce cas-là le contraste principal réside dans le degré différent d’acceptabilité de cette métaphore dans les deux communautés linguistiques.

 

3. Résultats et perspectives

En conclusion nous observons une large convergence interlinguistique du modèle cognitif postulé par Lakoff/Johnson. Le langage journalistique espagnol et allemand abonde de métaphores issues du domaine-source de la « guerre » pour décrire des aspects du domaine-cible des disputes politiques ou des controverses individuelles entre protagonistes de la vie publique. Dans le cadre de cette étude nous n’en avons pu montrer qu’une partie infime. Malgré ce constat qui semble à première vue confirmer les conclusions universalistes de la linguistique cognitive il nous paraît raisonnable d’adopter un point de vue un peu plus pondéré, car au dessous de la structure supérieure du ICM la comparaison fonctionnelle nous fait découvrir des divergences interlinguistiques importantes. À une métaphore conceptuelle identique [type] ne correspond pas forcément l’identité des expressions métaphoriques [token]. Les contrastes affichés sont surtout d’ordre pragmatique et se montrent à l’échelle du texte :

Le recours au modèle cognitif idéalisé examiné est plus fréquent dans les textes espagnols que dans les articles de presse allemands. Le débat politique en Espagne est plus souvent décrit à la base des métaphores de la guerre que ne le sont les conflits publics en République fédérale. Ceci s’observe quand on confronte l’usage des lexèmes espagnols defender, atacar, guerra et deserción avec l’emploi de leurs équivalents allemands verteidigen, angreifen, Krieg et Desertieren. Les raisons d’une telle divergence métaphorique sont difficiles à cerner. Elle peut être due à la dissemblance des paysages politiques des deux pays. Les métaphores guerrières espagnoles s’expliqueraient donc par des conflits plus graves entre les divers acteurs de la vie publique. L’existence de tensions séparatistes en Espagne comme la mentalité méditerranéenne des espagnols se traduiraient par la préférence d’une métaphore conceptuelle de la guerre. De l’autre côté il est également permis d’interpréter les divergences de l’usage des métaphores guerrières comme découlant des conventions langagières différentes. Les normes stylistiques du journalisme comme les traditions linguistiques seraient donc à l’origine des observations faites à travers l’analyse contrastive du corpus.

Un deuxième aspect des divergences métaphoriques entre l’espagnol et l’allemand est l’environnement textuel des formes métaphoriques employées. Ainsi les verbes sémantiquement identiques atacar et attackieren prennent dans les textes analysés différentes solidarités lexicales. Cet écart est un phénomène strictement textuel. La transposition littérale d’une forme métaphorique d’une langue-source à une langue-cible mènerait dans ces cas-là à des formes qui, tout en n’étant pas agrammaticales, seraient néanmoins peu acceptables.

En linguistique contrastive une fixation à l’impact cognitif des métaphores s’avère donc insuffisante. Les dimensions cognitives du langage ne sont pas l’unique critère servant à expliquer les convergences ou divergences interlinguistiques de l’usage métaphorique. Le seul établissement des structures métaphoriques cognitives signifierait l’omission de la perspective pragma-textuelle, voire du critère essentiel de toute analyse contrastive. Se pose par conséquent la question méthodologique de savoir quel modèle descriptif est le plus apte à intégrer les aspects pragma-textuels de la métaphore.

Dans l’histoire de la métaphorologie récente on découvre, outre les modèles cognitivistes d’outre-Atlantique, des théories inspirées par le structuralisme et la linguistique textuelle européens. C’est ainsi que Harald Weinrich (1968, 1976) esquisse le modèle du champs métaphorique [Bildfeld], combinant les principes de la sémantique du champs lexical (Trier 1931, Geckeler 1971, Coseriu 1973) avec ceux de la constitution isotopique du texte (Greimas 1968). Ce modèle tient compte du fait que chaque métaphore a une double dimension. D’un côté elle s’insère dans des régularités sémantiques, à savoir dans un paradigme de projections des isotopies dont la compréhension est assurée par une longue tradition linguistique occidentale. De l’autre côté le modèle weinrichien considère chaque forme métaphorique comme un phénomène intimement lié à son contexte et à ses circonstances extra-textuelles (Petöfi 1975 :300). Sans procéder à un palmarès des théories sur la métaphore, nous remarquons les déficits du modèle lakoffien dans le cadre de l’analyse contrastive.  Sans mettre en doute les implications qu’ont les métaphores sur les concepts sémantiques – constat fait déjà par Charles Bally (³1951 :185) qui souligne que « l’image la plus banale ouvre une échappée sur la mentalité de tout un groupe social et sur la constitution même de l’esprit humain » -, la linguistique contrastive aura d’abord besoin d’une description fonctionnelle de la métaphore. Cette description aura trois tâches principales : a.) dégager au niveau microstructurel les diverses formes métaphoriques appartenant à un même paradigme sémantique –appelé ICM ou champs métaphorique-,  b.) analyser leur usage textuel et leurs fonctions pragmatiques et c.) mesurer le degré de convergence interlinguistique.

Une analyse contrastive de la métaphore pourra ainsi contribuer à une meilleure compréhension de la liaison des différentes dimensions –cognitive, sémantique et pragmatique- de la métaphore. Un regard interlinguistique sur le recours à tel ou tel modèle de catégorisation cognitive nous éclairera sur l’interdépendance de la cognition et de la communication. En fait, une brève étude des textes allemands et espagnols laisse deviner que la métaphore conceptuelle LE DÉBAT EST UNE GUERRE rivalise avec une multitude d’autres modèles cognitifs idéalisés, comme LE DÉBAT EST UN BÂTIMENT, LE DÉBAT EST UN JEU D’ÉCHECS ou bien LE DÉBAT EST UN MATCH DE FOOT. Il n’y a donc pas un seul concept métaphorique du « débat », mais un choix de métaphores conceptuelles qui dépendra du texte, de la situation, des conventions linguistiques et des bases culturelles.

Pour terminer, remarquons que les divergences interlinguistiques de l’usage métaphorique ne sont point une découverte récente. C’est ainsi que Du Marsais conclut le chapitre sur les métaphores de son Traité des Tropes de 1730 :

« Chaque langue a des métaphores particulières, qui ne sont point en usage dans les autres langues ; par exemple : les Latins disaient d’une armée, dextrum et sinistrum cornu, et nous disons l’aile droite et l’aile gauche.

Il est si vrai que chaque langue a ses métaphores propres et consacrées par l’usage, que si vous en changez les termes par les équivalens même qui en approchent le plus, vous vous rendez ridicule. » (1977 [1730] :125-126)

  Ne nous rendons pas ridicules, abordons une métaphorologie contrastive !

 

Bibliographie :

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Coseriu, E. 1979, Sprache - Strukturen und Funktionen, Tübingen.

Dagut, M.B. 1976, „Can ‘Metaphor’ be translated?“, in: Babel 22/1, 21-33.

Dagut, M.B. 1987, „More about the Translability of Metaphor“, in: Babel 33/2, 77-83.

Debatin, B. 1995, Die Rationalität der Metapher: eine sprachphilosophische und kommunikationstheoretische Untersuchung, Berlin/New York.

Du Marsais 1977 [1730], Traité des Tropes, Paris.

Dubois, D. (ed.) 1991, Sémantique et cognition: catégories, prototypes, typicalité, Paris.

Geckeler, H. 1971, Strukturelle Semantik und Wortfeldtheorie, München.

Gil, A. 1998, „Formen und Funktionen der Metaphorik bei der Fußballberichterstattung. Vergleichsstudie Französisch – Katalanisch – Spanisch“, in: Fuchs, V. (ed.), Von der Unklarheit des Wortes in die Klarheit des Bildes ? – Festschrift für Johannes Thiele, Tübingen, 271-284.

Greimas, A.J. 1968, Sémantique structurale, Paris.

Grzmil-Tylutki, H. 1994, Métaphore: jeu de redondances sémantiques dans le texte, Kraków.

Haverkamp, A. (ed.) ³1996, Theorie der Metapher, Darmstadt.

Jäkel, O. 1997, Metpahern in abstrakten Diskurs-Domänen – Eine kognitiv-linguistische Untersuchung anhand der Bereiche Geistestätigkeit, Wirtschaft und Wissenschaft, Frankfurt/Main et al.

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[1] L’allemand Kampagne n’a pas le même impact métaphorique que le français campagne ou l’espagnol campaña puis que ce lexème allemand n’est emprunté du français que dans sa signification métaphorique de „campagne publicitaire“.

 

 

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ISSN 1618-2006 (für das Journal)

zuletzt bearbeitet am 20.12.11